Objectif zéro chômeur à Saint-Jean : l'expérience qui redonne espoir

Depuis 2017, Villeurbanne expérimente le dispositif Territoire zéro chômeur de longue durée, comme neuf autres villes-pilotes en France. L’entreprise à but d’emploi (EBE) EmerJean, qui porte le projet dans le quartier de Saint-Jean, a déjà créé 82 emplois en moins de deux ans. Bilan à mi-parcours d’une expérience prévue pour durer cinq ans, alors que l’exemple villeurbannais va servir de modèle à l’extension du dispositif dans la métropole.

Objectif zéro chômeur à Saint-Jean : l'expérience qui redonne espoir

Ramener le chômage de longue durée à zéro en 5 ans. Tel est le pari de Territoire zéro chômeur de longue durée (TZCLD), lancé en 2016 et expérimenté dans 10 communes de France, dont Villeurbanne depuis 2017. Le concept, imaginé par ATD Quart-Monde, repose sur le modèle économique suivant : le coût d’un chômeur pour les collectivités et l’État est reversé à une entreprise à but d’emploi (EBE) qui salarie en CDI et au SMIC un chômeur de longue durée. Ce montant – environ 18 000 € par an – est complété par le chiffre d’affaires généré par l’entreprise (le coût annuel d’un salarié est d’environ 26 000 €).

Emerjean cuisine

Dans la cuisine d'Emerjean

Sur le papier, ce principe paraît simple. Mais il y a une subtilité. Les emplois créés par l’EBE ne doivent pas entrer en concurrence avec d’autres entreprises du territoire, ce qui conduirait à détruire d’autres emplois. Pas question, donc, d’organiser un système de vases communicants. « L’EBE doit trouver des interstices, faire preuve de créativité, d’initiative. C’est une démarche que je trouve extrêmement saine », explique Louis Gallois, président du Fonds d’expérimentation territoriale contre le chômage de longue durée, lors de sa venue à Villeurbanne le 29 janvier dernier.

Emerjean jardin

L'îlot vert, un espace de biocompostage (Les Détritivores) et de maraîchage urbain.

Créativité, initiative : deux termes qui collent particulièrement bien à l’entreprise EmerJean, qui met en œuvre le Territoire zéro chômeur depuis mars 2017 dans le quartier de Saint-Jean. « À Villeurbanne, le projet a été porté par Agnès Thouvenot, adjointe à l’Économie solidaire, à l’emploi et à l’insertion. Avec le maire, elle a dû convaincre la Métropole de soutenir la candidature de Villeurbanne. Paul Bruyelles, aujourd’hui directeur d’EmerJean, a passé plus de six mois à mobiliser les acteurs du quartier Saint-Jean. Je suis arrivé en dernier, pour monter le projet entrepreneurial, en utilisant mes compétences en gestion d’entreprise et en développement de partenariats », raconte Bertrand Foucher, président de l’EBE.

emerjean voisin

VoisinMalin fait partie des clients d'EmerJean : les salariés font du porte-à-porte pour informer les habitants ou mener des enquêtes de proximité.

Les acteurs locaux du monde économique et social, le monde associatif, les habitants se sont petit à petit appropriés le projet. Si bien qu’EmerJean emploie aujourd’hui 82 salariés et compte 83 clients. L’entreprise dispose d’un siège, d’un Comptoir, sorte de conciergerie qui propose des prestations et services aux habitants et aux entreprises, et d’un terrain dédié au bio-compostage et au maraîchage urbain.

« Tout le monde est employable »

Dans un quartier de moins de 4 000 habitants, dont 2 000 en secteur Politique de la ville, les chômeurs de longue durée étaient 400 avant le début de l’expérimentation. « Dans le quartier, la précarité est très forte. 75 % des habitants n’ont pas le bac. 25 % sont étrangers. Le problème de l’insertion est réel : ils n’ont pas d’accès au numérique, pas de moyen de transport… Contrairement aux idées reçues, ces familles veulent s’en sortir, mais elles font face à des obstacles à leur inclusion », témoignait Elise Perron, directrice du Centre d’animation Saint-Jean, lors des portes ouvertes d’EmerJean, le 31 janvier dernier.

Emerjean laverie

Parmi les différentes activités développées par EmerJean, un service de blanchisserie. Les salariés vont dans les entreprises ou les clubs sportifs collecter vêtements de travail ou maillots. Le linge est lavé, repassé, plié et rapporté chez les clients.

La réussite du projet est d’autant plus remarquable. « Tout le monde est employable quand on regarde les capacités de chacun. Il est important pour les salariés de retrouver un contact avec le monde du travail », martèle Louis Gallois, saluant la réussite de l’expérimentation villeurbannaise. Une réussite qui ne va pas de soi, tous les territoires du dispositif ne connaissent pas les mêmes résultats. « À Saint-Jean, tous s’engagent et ce n’est pas un vain mot. Il faut faire bouger les lignes, savoir faire des pas de côté, surtout pour les collectivités. Ici, le projet a été pensé pour les plus faibles, les plus éloignés de l’emploi, pas en le construisant à partir de moyennes statistiques », souligne Agnès Thouvenot, adjointe au maire à l’Économie solidaire, à l’emploi et à l’insertion, également présidente du Comité de pilotage local de l’expérimentation TZC de Saint-Jean.

Emerjean laverie

Les vêtements de travail sont collectés auprès des entreprises partenaires, lavés dans la blanchisserie d'EmerJean et rapportés directement chez les clients.

« Nous sommes partis de trois choses essentielles : la relation avec les entreprises du bassin, les partenariats avec des entrepreneurs sociaux, comme les Détritivores, VoisinMalin…, et bien sûr les habitants. Nous nous sommes appuyés sur l’intelligence du quartier, en écoutant les propositions des habitants pour les habitants », synthétise Bertrand Foucher.

Une seconde entreprise en projet

Et après ? Comment mobiliser les autres chômeurs de longue durée de Saint-Jean ? EmerJean a prévu dix recrutements cette année. Ce qui signifie trouver de nouvelles missions, et donc élargir le champ des partenaires. La venue de Louis Gallois, fin janvier, allait dans ce sens : il a rencontré une soixantaine de responsables d’entreprises et de partenaires dans les locaux de Lenoir Métallerie. Quelques-uns collaborent déjà avec EmerJean. Ils ont apporté leurs témoignages afin d’inciter les autres à devenir clients à leur tour.

 

Emerjean Cuisine

Latifa : « J’ai 48 ans, je suis une maman de quatre enfants, je n’avais pas de formation. Ce n’était pas facile de trouver un travail, les entretiens étaient souvent difficiles. Grâce à EmerJean, j'ai repris confiance en moi. Je sors de chez moi, je rencontre des gens et, surtout, je me sens utile à la société. Depuis 16 mois, je travaille à la cantine, où je fais les repas pour les salariés, et pour VoisinMalin, qui me donne des missions d’information des habitants ou d’enquête en porte-à-porte. C’est varié, ça me plaît. J’ai aussi pu faire une première formation en pâtisserie, j’espère en faire une autre cette année. Je travaille 30 heures par semaine, ce qui me permet de m’occuper aussi de ma famille. Ce travail, c’est une chance ! »

 

« Une entreprise à but d’emploi comme EmerJean doit trouver des interstices, faire preuve de créativité, d’initiative ». Louis Gallois, président du Fonds d'expérimentation territoriale contre le chômage de longue durée.

L’EBE a en projet de créer une seconde structure, à destination exclusive des entreprises, pour creuser le sillon de la prestation de services. Son développement sera confié à l’association Booster Saint-Jean, structure financée essentiellement par le mécénat de compétence et financier. Déjà présente auprès d’EmerJean, l’association a œuvré à identifier les activités de niche et à aider à leur incubation. Le Booster a aussi accueilli, orienté et accompagné les demandeurs d’emploi. Parmi ces derniers, certains commencent à trouver du travail hors de la structure. « C’est trop tôt pour tirer ce bilan », glisse modestement Bertrand Foucher. Mais la dynamique semble bel et bien enclenchée.

Réagissez

blog comments powered by Disqus

A lire aussi