HISTOIRE - Jules Grandclément, un grand maire de Villeurbanne

Quand on parle de Grandclément, les Villeurbannais pensent tout de suite à la place et au quartier du même nom. Mais Grandclément fut aussi un personnage : un grand maire de notre ville, au début du XXe siècle.
HISTOIRE - Jules Grandclément

HISTOIRE - Jules Grandclément

On l’appelait au XIXe siècle la « place du Plâtre », puis elle devint la « place de la Mairie » lorsque celle-ci s’y installa, et la « place de l’hôtel des Postes », après le déménagement de l’hôtel de ville aux Gratte-Ciel, en 1934. Et, enfin, place Grandclément, après le décès en 1935 de celui qui lui donna son nom. Pourtant, rien ne prédestinait Jules Alexandre Grand-Clément – en deux mots et avec un tiret –, à s’inscrire ainsi dans l’espace villeurbannais. Cet homme était en effet né loin de notre ville, aux Bouchoux, dans les montagnes du Jura, le 14 novembre 1868. Son père était agriculteur dans un minuscule hameau d’à peine deux ou trois fermes, Désertin, ce qui aurait dû lui forger un destin villageois tout tracé. Sauf que la vie en décida autrement. Suivant son oncle paternel, Jules-Emile Grand-Clément, parti s’installer à Lyon en tant que médecin-oculiste, il embrassa à son tour la carrière médicale et s’implanta dès les années 1890 à Villeurbanne, au 21, place de la Mairie.

Comptant 21 000 habitants à l’époque, notre ville est alors essentiellement peuplée par des ouvriers et par des employés modestes. C’est vers eux que se tourne le docteur Grandclément, qui leur ouvre sa porte et les soigne. Vers eux que vont aussi très vite ses idées puisque, dès 1900, il est élu conseiller dans la municipalité socialiste du maire Frédéric Faÿs. C’est donc tout naturellement qu’en 1905 il adhère au nouveau parti de la SFIO, ancêtre du PS actuel, et dont il devient une personnalité en vue dans la région lyonnaise. Il ne lui reste plus qu’à conquérir la mairie. C’est chose faite en 1908 : le 17 mai, les 30 conseillers municipaux nouvellement élus le désignent comme maire, avec 26 voix en sa faveur.

Dès lors, Grandclément entame une politique tournée vers les plus modestes. Cinq jours à peine après son élection, il s’engage pour que les bas revenus bénéficient d’un dégrèvement des impôts locaux, allant jusqu’à démarcher à Paris le ministre des Finances, en compagnie du député Francis de Pressensé. Assistance aux « vieillards », création de tickets ouvriers pour les transports en commun, distribution de soupes populaires aux grévistes, aménagement et électrification des rues, creusement d’égouts, blanchiment des façades, suppression de l’enceinte militaire qui étouffe Villeurbanne, tentative pour maîtriser l’extension galopante de la ville, etc. : le nouveau maire s’implique dans tous les champs d’intérêt public. Mais il est un domaine dans lequel le docteur Grandclément se démène par-dessus tout, soigner sa cité. Pauvre, mal bâtie, avec des quartiers insalubres, elle est parfois un foyer d’épidémies dangereuses pour la population. Aussi propose-t-il dès 1908 l’agrandissement de l’hôpital municipal Faÿs, puis l’instauration d’un service de nuit des médecins et, surtout, la création en 1913 d’un bureau municipal d’hygiène, aux compétences multiples. La forte croissance démographique de la commune étant un défi incessant, et entraînant un mal logement permanent, Jules Grandclément prévoit aussi en juin 1914 la construction de 30 immeubles à bon marché (des HBM), destinés aux familles d’ouvriers.

Arrive la Première Guerre mondiale, qui interrompt brutalement ses projets. Mobilisé en tant que médecin militaire, Grandclément quitte Villeurbanne dès l’été 1914 et pour quatre ans et demi, confiant la gestion de la commune à son premier adjoint, Alexis Perroncel. Une fois démobilisé, il siège à nouveau au conseil municipal le 20 février 1919, et est réélu maire en décembre de la même année. Mais l’horreur des tranchées l’a radicalement changé. Parti socialiste, il est revenu communiste, et adhère en 1920 à la Section Française de l’Internationale Communiste, devenue le PCF. Sa politique prend alors une nouvelle orientation, qui n’hésite pas à dénoncer en plein conseil la « famine-blocus capitaliste » dont pâtit la Russie, et à prôner « l’émancipation du prolétariat du monde entier ». Ses anciens amis socialistes ne le lui pardonnent pas. En 1922, ils démissionnent en masse du conseil municipal, poussant le maire à rendre son écharpe. De nouvelles élections se tiennent, que Grandclément perd. Cette même année 1922 un jeune médecin est élu comme simple conseiller municipal : Lazare Goujon, qui deviendra maire deux ans plus tard, et inscrira à son tour son nom dans l’histoire.

Portait Grandclément

 

L’hommage de la population

Jules Grandclément décéda d’une crise cardiaque dans sa maison villeurbannaise le 15 mars 1935, à 66 ans, et alors qu’il était conseiller général du Rhône. Sa disparition causa une immense tristesse dans notre ville, et lui valut un hommage appuyé, tant de la population que du Parti Communiste. Le journal régional du PC, La Voix du Peuple, consacra ainsi toute la dernière page de son édition du 23 mars 1935 à ses funérailles : « 25 000 Travailleurs derrière Grandclément, infatigable lutteur pour le Communisme » ; « C’est au milieu d’une foule immense que s’est déroulé le cortège monstre » ; « L’Internationale salue la levée du corps », annoncèrent les gros titres, tandis que les photos montraient des milliers de personnes agglutinées place Grandclément et devant les portes du cimetière. L’hommage au disparu se poursuivit plus tard avec l’inauguration d’un monument en sa mémoire. Surmonté par un buste de l’ancien maire, et montrant une famille ouvrière en train de lui offrir des fleurs, il se dresse toujours sur la place qui porte désormais son nom.

 

— Repères

 

— 1906 : Villeurbanne compte 33 890 habitants

— 1908 : Jules Grandclément est élu maire de Villeurbanne

— 1910 : le grand prix d’aviation à Villeurbanne réunit 100 000 à 400 000 spectateurs

— 1912 : Jules Grandclément prône le droit de vote pour les femmes

— 1913 : Alain Fournier publie le roman Le Grand Meaulnes

— 1914-1918 : Première Guerre mondiale

— 1917 : Révolution russe

— 1920 : Congrès de Tours. Naissance du Parti communiste français

— 1920 : Jules Grandclément obtient le déclassement de l’enceinte cernant Villeurbanne

— 1921 : Villeurbanne compte 56 110 habitants

— 1922-1924 : le communiste Paul Bernard est maire de Villeurbanne

— 1924 : le socialiste Lazare Goujon est élu maire de Villeurbanne

— 1932 : Céline publie Voyage au bout de la nuit

— 1934 : inauguration du quartier des Gratte-Ciel

— 1935 : victoire communiste aux élections municipales de Villeurbanne.

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