Cannabis : Interview de Christian Ben Lakhdar, économiste

Professeur à l'université de Lille, Christian Ben Lakhdar est économiste des drogues et des conduites addictives. Présent lors de la seconde table ronde, le 24 janvier, il pointe, chiffres à l'appui, les limites de la prohibition du cannabis.

Que représente l'économie du trafic de cannabis ?

Le chiffre d'affaires - c'est-à-dire les dépenses des Français pour leur consommation annuelle - se situerait entre 1 et 1,3 milliard d'euros. L'Insee l'intègre ainsi au calcul de la richesse nationale.

 

Combien coûte la prohibition ?

Il y a une dizaine d'années, j'ai chiffré le coût social du cannabis en France à 919 millions d'euros. C'est ce que l'on économiserait si le phénomène n'existait pas. 56% relevaient de la répression (police, justice, prison, etc.). Dit autrement, si on ne faisait rien contre le cannabis, nous dépenserions plus de 500 millions d'euros annuels en moins.

 

La répression ne souffre-t-elle pas au contraire d'un manque de moyens ?

Depuis les années 2000, les interpellations et le nombre de consommateurs ne cessent d'augmenter. Plus on réprime et plus les gens consomment. Nous allouons de plus en plus de ressources pour un résultat dont les plus optimistes diront qu'il a limité la hausse. Économiquement, c'est inefficace et inefficient.

 

Existe-t-il un fantasme sur ce que rapporte le trafic ?

Un millier de caïds gagnent certainement très bien leur vie. Mais, dans ce système pyramidal, le revendeur de rue est proche du salaire minimum. C'est une économie de subsistance où quelques-uns s'enrichissent au détriment d'une ressource humaine malléable à merci dans un contexte hyperprécaire. Ils profitent de la misère du monde.

 

Entre les risques et le faible gain, pourquoi certains trafiquent ? Pour payer leur consommation ?

C'est multifactoriel. Ces personnes peur formées et peu diplômées vivent dans des zones urbaines ou périurbaines où il y a peu d'emplois. Une culture de l'illégalité et un goût du risque les font rentrer - rationnellement ou pas - dans le trafic. Elles peuvent aussi se retrouver embrigadées. Une des techniques demeure la dette. Débute ainsi le cercle vicieux. mais le calcul coût/bénéfice est nettement défavorable. D'autant qu'entre le stress, les règlements de comptes et les interpellations, le trafic est de plus en plus risqué. Les jeunes se disent "c'est mieux que rien" mais en fait, c'est pire que tout.

 

S'il s'agit d'une économie de survie, le trafic ne risque-t-il pas de se déplacer sur d'autres produits pour pallier ce manque de revenus en cas de légalisation ?

Je suis intimement convaincu que légaliser le cannabis permettrait aux policiers de retrouver les moyens susceptibles de contenir la montée des autres trafics. La demande de cocaïne, d'héroïne ou d'ecstasy n'est pas infinie et les niveaux de consommation sont complètement différents de ceux du cannabis. Je ne crois pas à une explosion du marché.

 

Retrouvez l'intégralité de l'interview de Christian Ben Lakhdar sur participez.villeurbanne.fr

 

Réagissez

blog comments powered by Disqus

A lire aussi