100 ANS DU TNP - Jean Bellorini : « Le TNP est né pour réunir la société et cela n’a pas changé »

Depuis son arrivée à la tête du Théâtre national populaire de Villeurbanne, Jean Bellorini compose avec la crise sanitaire. Les festivités prévues pour le centenaire du TNP, ce 11 novembre, ont toutes été reportées. Malgré le contexte, le directeur du grand théâtre villeurbannais ne veut « pas céder au cynisme ambiant ».


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Votre arrivée à la tête du TNP s’est passée dans un contexte qui a tout bouleversé !

Jean Bellorini

Jean Bellorini : « J’ai fini ma mission au Théâtre Gérard-Philipe, centre dramatique national de Saint-Denis, et je suis arrivé au TNP de Villeurbanne en mars dernier… pour fermer. Nous devions travailler avec Christian Schiaretti, le directeur précédent, à l’organisation du centenaire du TNP. Mais clairement, il était indécent de fêter cela dans cette période ».
Il fallait cependant avancer, sans savoir s’il y aurait une deuxième vague de covid et un nouveau confinement ?
« Je me suis tout de suite dit qu’il fallait que ce centenaire se passe autrement. Pour moi, il était plus lumineux de fêter les 100 ans à venir. Je me suis vu comme le trait d’union entre cette histoire que je revendique et ce qui sera la suite du TNP. Toute forme de fête doit aussi célébrer l’avenir, l’inconnu ».


Il a cependant fallu revoir la programmation, annuler des spectacles…
« Nous avions effectivement décidé plusieurs spectacles. Cela débutait avec la création de la pièce « Le jeu des ombres », de Valère Novarina, à Avignon. Nous sommes passés entre les gouttes et cette création a pu avoir lieu, dans un lieu de théâtre fort de sens pour le TNP. Cela devait continuer avec « La Jeanne » de Charles Peggy, dans une mise en scène de Christian Schiaretti, mais nous avons été contraints d’annuler les représentations. Tout comme le grand spectacle historique « Ça ira », une création de Joël Pommerat, que je voyais comme un emblème de ce qu’est le théâtre populaire. Le 6 novembre avec La Maison Jean Vilar, nous devions aussi inaugurer l’exposition sur les notes de Jean Vilar. Elle est prête, nous sommes prêts. J’espère encore qu’à un moment le public pourra la voir ».

La présentation du « Jeu des ombres » en janvier à Villeurbanne est-elle encore d’actualité ?
« Je le souhaite de toutes mes forces. Tout comme le reste de la programmation, le spectacle de Tiphaine Raffier, la venue de la Comédie Française, les spectacles pour les enfants et tant d’autres propositions. À noter aussi que « Le roi Lear », mis en scène par Georges Lavaudant, qui fut directeur du TNP devait aussi participer à cette fête des cent ans du théâtre.
Enfin j’espère pouvoir reprendre les répétitions du spectacle que nous préparions avec la troupe éphémère composée de 34 jeunes de Villeurbanne et de ses environs. Gageons que la création aura lieu comme prévu au printemps prochain. Je tiens doublement à ce travail car il avait aussi pour objectif de remettre en lumière Firmin Gémier, le fondateur du TNP. »

Comment composez-vous avec les incertitudes liées au Covid ?
« Tout est tellement incertain ! Bien entendu je souhaite pouvoir présenter des spectacles du monde entier. Nous avons encore l’espoir d’accueillir en juin prochain une troupe venue du Brésil dans un spectacle dont la supervision artistique est signée Ariane Mnouchkine. J’espère réussir à renouer avec cette grande époque où le TNP était le cœur battant de l’activité artistique européenne. Si nous ne cessons donc pas de rêver, la crise sanitaire nous rappelle à l’humilité nécessaire, en tant qu’hommes, que citoyens, qu’artistes, en tant que mortels. Notre dernière création, « Le jeu des ombres » ne traite que de cela, de notre condition de mortels. Mais ne cédons pas au cynisme ambiant. Restons pleins d’espoir et humbles. Nos actes et de nos perspectives doivent en témoigner. »

Comment vous et vos équipes vivez-vous cette période où cet immense lieu de culture qu’est le TNP devrait bruisser des spectateurs, enchaîner les représentations ?
« Tous les soirs sans public sont de petits deuils. Mais en journée, nous continuons à travailler. Il y a dans ces murs nombre d’artistes qui répètent et attendent de rencontrer à nouveau les spectateurs. Les arts en général ont besoin de la vie, la vie a besoin des arts. En ce moment, l’imaginaire, cette ouverture que permet l’art est amputé. Sans la vie, nous perdons la caisse de résonance d’une œuvre d’art. Mon travail est que le personnel du théâtre, les artistes, les techniciens, se sentent le plus utile possible. On sait que ces lieux de culture où l’on se retrouve permettent de se questionner, le théâtre est le lieu de l’étude de la condition humaine. C’est bien essentiel à la société ».

Un questionnement plus essentiel que jamais…
« On est à un moment de fracture de notre société. Le TNP est né en 1920 pour rassembler une société divisée, le TNP est né pour réunir et cela n’a pas changé. C’est peut-être même encore plus vrai aujourd’hui. »
 

 

Stéphane Frioux, adjoint à la Culture de Villeurbanne : "Un prestigieux centenaire"
 

Stéphane Frioux, adjoint à la Culture de Villeurbanne

"C’est le 11 novembre 1920 que le Théâtre National Populaire est inauguré, à Paris, dans la salle du Trocadéro. Après la Seconde Guerre mondiale, la dénomination est reprise par Jean Vilar, le créateur du festival d’Avignon. Le label est transféré au Théâtre de la Cité de Villeurbanne en 1972. Roger Planchon, qui était à la tête de celui-ci depuis 1957, continuera à diriger ce TNP décentralisé jusqu’en 2002 (en codirection avec Patrice Chéreau puis Georges Lavaudant), avant Christian Schiaretti (2002-2019) puis Jean Bellorini. Théâtre de service public, le TNP vise à offrir des spectacles de qualité qui ont pu marquer l’histoire de l’art dramatique (Gérard Philipe jouant Le Cid, mis en scène par Jean Vilar), et accessibles au plus grand nombre. D’importants travaux d’extension ont eu lieu entre 2007 et 2011 pour offrir désormais 3 salles de spectacles au TNP".

 

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