ÉGALITÉ FEMMES HOMMES - Une campagne contre les idées reçues [Vidéo]

Avant tout changement de pratique, une prise de conscience est nécessaire… « Il n’y a pas d’émotions de fille, il n’y a pas d’émotions de garçon, il n’y a que des préjugés. » La nouvelle campagne d’affichage sur la sensibilisation à l’égalité femmes-hommes, lancée par la Ville, est la troisième du genre.

Destinée à contrer les stéréotypes, tout comme les deux qui l’ont précédée en 2018 et 2019, rappelant qu’il n’y a pas de métiers ni de sports dédiés aux femmes ou aux hommes. Ces campagnes s’inscrivent dans un plan d’ensemble piloté par la mission Lutte contre les discriminations, qui comprend notamment des interventions auprès des personnels de la petite enfance et de l’éducation, la prise de conscience des stéréotypes devant conduire à un changement des pratiques.
 


INTERVIEW

Violaine Dutrop, fondatrice et présidente de l’institut EgaliGones

Violaine Dutrop, fondatrice et présidente de l’institut EgaliGones

Sur les affiches de la campagne de sensibilisation à l’égalité femmes-hommes lancée par la Ville, on reconnaît la peur, la colère et la tristesse. Les visages qui expriment ces émotions ne sont ni masculins ni féminins. Parce qu’il n’y a pas plus d’émotions de fille que d’émotions de garçon.  Violaine Dutrop parle des idées reçues et de leurs conséquences.
 

Les garçons « ne doivent pas » être tristes ni les filles se mettre en colère. Cette vision des comportements a la vie dure, comment la comprendre ?
Violaine Dutrop : Il est courant d’entendre dire à un garçon « ne pleure pas, tu n’es pas une fille ». Cette phrase qui semble anodine ne l’est pas du tout. C’est une forme de différenciation pour construire le masculin, en disqualifiant ce qui est considéré comme féminin. Cet interdit empêche le garçon d’exprimer sa sensibilité et l’amène à faire semblant d’être toujours joyeux et  fort. La gravité peut être extrême. Les hommes se suicident trois fois plus que les femmes, beaucoup d’entre eux ont honte d’évoquer leurs souffrances. Quant à la colère féminine, elle est encore mal perçue, qualifiée « d’hystérique » Alors que la colère sert à montrer qu’une situation est inacceptable. Bien exprimée, elle construit le changement. La contenir peut aboutir à la résignation ou à la soumission. On voit jusqu’où cela peut mener.

Justement, quelles peuvent être les conséquences de cette attribution des sentiments ?   
Il peut y avoir des conséquences dans les relations aux autres et dans tous les domaines, vie familiale, sociale, professionnelle… Elles sont d’abord individuelles : loin de ses émotions, l’enfant ne se dote pas en ressources pour les connaître. Or, ressentir une émotion dans sa tête et son corps sans pouvoir en parler peut amener à développer de la violence, empêche d’avoir de l’empathie, d’être à l’écoute des autres. Les conséquences qui en découlent sont aussi collectives : les métiers du soin – socialement peu valorisés – sont largement exercés par des femmes. Soulager, panser, réparer vont avec des qualités supposées de douceur et de don de soi. Il en va de même avec les métiers de la petite enfance dans lesquels certains hommes pourraient être à l’aise mais ils s’empêchent de suivre cette voie. Les clichés en la matière peuvent limiter ou fausser des choix d’orientation.

Comment les parents peuvent-ils élever leurs enfants en sortant de ces schémas ?
Ce n’est pas facile car on s’emprisonne dans toutes sortes d’idées reçues en croyant bien faire. Par exemple, les parents ont peur que leurs fils soient moqués et rejetés s’ils ne sont pas dans la norme de la virilité. Mais comprendre que d’autres voies sont possibles pour l’épanouissement de ses enfants est une réflexion qui porte ses fruits, on arrive alors plus facilement à respecter leur personnalité et leur sensibilité, les soutenir dans leur singularité. Aucune émotion ne doit être niée, toutes sont légitimes. C’est une façon de permettre à ces adultes en devenir d’accéder au bonheur, de développer leur humanité, en accord avec eux-mêmes et avec les autres.Avant tout changement de pratique, une prise de conscience est nécessaire… « Il n’y a pas d’émotions de fille, il n’y a pas d’émotions de garçon, il n’y a que des préjugés. » La nouvelle campagne d’affichage sur la sensibilisation à l’égalité femmes-hommes, lancée par la Ville, est la troisième du genre. Destinée à contrer les stéréotypes, tout comme les deux qui l’ont précédée en 2018 et 2019, rappelant qu’il n’y a pas de métiers ni de sports dédiés aux femmes ou aux hommes. Ces campagnes s’inscrivent dans un plan d’ensemble piloté par la mission Lutte contre les discriminations, qui comprend notamment des interventions auprès des personnels de la petite enfance et de l’éducation, la prise de conscience des stéréotypes devant conduire à un changement des pratiques.

 

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