Dolomieu, paradis des vacances

Pendant presque un siècle, la colonie de vacances de Dolomieu accueillit les enfants de Villeurbanne en quête du bon air de la campagne. Et du bonheur tout court.
Le tacot de Dolomieu - ©DR

1er  août 1933. « Un joyeux bourdonnement de voix fraîches emplit la gare de Villeurbanne. C’est la colonie de vacances de l’Œuvre Villeurbannaise des Enfants à la Montagne [Ovem], qui part ». Après les dernières embrassades de leurs parents, près de 120 garçons prennent d’assaut les wagons du chemin de fer de l’Est. Direction Dolomieu, un village du Nord-Isère proche de Morestel, où l’Ovem possède une ancienne usine de soierie reconvertie en havre de paix et de loisirs. Avec ses deux grands bâtiments couverts de toits dauphinois, sa maison de maître et ses 5000 m2 de cours et de parc, la propriété a des allures de château de campagne. Lorsqu’elle l’a achetée, en 1920, l’Ovem s’est saignée aux quatre veines. Il a fallu sortir d’un coup la somme de 80 000 francs, une fortune. Pourtant, l’Ovem n’avait même pas vingt ans d’existence. Fondée en novembre 1902 et très vite présidée par le docteur Lazare Goujon – le futur maire à l’origine des Gratte-Ciel, cette association avait été immédiatement encouragée par la municipalité, les grandes entreprises comme les Gillet ou la SALT, et une foule de gens comme vous et moi.

Dolomieu

©Michel Boucharlat

Son but, il est vrai, faisait consensus : envoyer « chaque année plusieurs centaines d’enfants, sortis des rangs les plus nécessiteux de la classe laborieuse, durant six semaines, faire provision d’air pur, de vigueur et de santé, loin de l’atmosphère viciée et souillée de notre ville ». Les premières années, nos gones furent mis en pension chez des paysans des environs de La Tour-du-Pin. Puis, à force de dons, de quêtes, de subventions, de fêtes et de joutes sur les bords du canal de Jonage, l’Ovem put s’offrir la propriété de Dolomieu. Villeurbanne devint ainsi l’une des premières villes de la région lyonnaise à disposer d’une colonie de vacances. Certes, Dolomieu n’était pas tout à fait à la montagne, mais l’occasion était trop belle, et la colonie à portée de la voie ferrée menant au quartier de Grandclément.

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En ce mois d'août 1933, La ribambelle de gosses arrive donc à destination et descend des wagons. Les moniteurs, des instituteurs villeurbannais recrutés pour l’occasion, ont un peu de mal à calmer leur excitation. La diversité des âges, de 6 à 14 ans, ne leur facilite pas le travail, surtout lorsque les enfants se trouvent pour la première fois de leur vie, séparés de leur famille et de leur cadre quotidien. Plus que deux kilomètres de marche à pied, dont la fameuse montée sous Rabataboeuf, et ils découvrent le cadre de leurs vacances, les yeux émerveillés. Au programme pour les petits, réveil à 8 h, petit-déjeuner puis repos jusqu’à 11 h 30. Après le repas, une sieste obligatoire pendant deux heures, suivie de jeux, de gymnastique et de baignade dans un canal proche, avant le coucher en dortoir, vers 19 h 30. Les grands ont droit à un programme plus varié. Pour eux, les moniteurs répartissent les enfants en groupes, qui partent en promenade pendant toute la journée. A coups de 18 à 24 kilomètres à pied (!), ils se rendent jusqu’au bord du Rhône, ou bien à Saint-Chef, aux Avenières, ou encore visiter la poterie de Vasselin, « où une démonstration du tour de potier met tout le monde en joie ». Tous les prétextes sont bons pour s’arrêter en chemin : « Les cueillettes de noisettes, de mûres, de champignons, les pêches aux écrevisses, aux goujons », raconte un instituteur facétieux, avec un clin d’œil en direction du maire.

Lorsque la colonie accueille des fillettes, comme en 1931, les activités se muent en école de la parfaite maman, ainsi le veulent les temps. Pour les petites Villeurbannaises, point de longues randonnées, mais des heures de couture, de broderie de serviettes et de sacs de cuisine, avec quand même, en fin d’après-midi, une place pour des parties de croquet et la cueillette de fleurs…

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Lorsque vient l’heure du repas, les enfants se jettent littéralement sur leurs assiettes, affamés par la vie au grand air. L’un des buts de Dolomieu est aussi de les nourrir au mieux. En fin de séjour, une visite médicale compare le poids et la taille de chacun, et affiche fièrement les résultats : « Les enfants ont pris en moyenne 850 grammes, 6 mm, et 4 cm de développement thoracique ». Lorsque sonne le moment du retour, vers la mi-septembre, les parents sont « enchantés de la bonne nourriture, de l’installation des enfants et surtout de leurs mines réjouies et roses ».  Même les journalistes venus en visite en conviennent, « les enfants aiment venir et revenir à Dolomieu – on y est tellement bien – et les places se sont une fois de plus arrachées ».

En 80 ans d’existence, la colonie a accueilli près de 10 000 petits Villeurbannais. Peut-être étiez-vous l’un d’eux ? Hélas, le domaine n’étant plus aux normes, la Ville est contrainte de le vendre en 2003. Ses beaux bâtiments ont depuis, été reconvertis en logements individuels.

Alain Belmont, historien

 

Bachat-Bouloud

Ce drôle de nom a fait rire des générations d’écoliers. Derrière une expression franco-provençale désignant l’abreuvoir de Monsieur Bouloud, se cachait une merveille : des chalets de trois étages construits sur la station de ski de Chamrousse, à proximité de Grenoble. C’est en 1960 que des collectivités locales, dont les villes de Lyon et de Villeurbanne, se portent acquéreuses des « huit hameaux » groupant 38 chalets, destinés à accueillir des classes de neige et colonies de vacances - « une réalisation encore unique en France et même en Europe ». Cette fois, la montagne est bel et bien au rendez-vous, Bachat-Bouloud fleurant avec les 1700 m d’altitude. Et une vue ! Le Taillefer s’offre là, juste en face des balcons. Par milliers, les enfants villeurbannais s’y succèdent pendant 40 ans, en faisant classe le matin et en skiant l’après-midi sur les pistes de la station, un sport « jusqu’alors réservé aux riches ». Les premiers à inaugurer les lieux sont les élèves de Château-Gaillard et d’Edouard-Herriot, en novembre-décembre 1964. Comme à Dolomieu, cette aventure prend fin en 2003, le retrait de certaines villes du syndicat mixte de Bachat-Bouloud obligeant Villeurbanne à vendre ses chalets.

Repères

-    1876 : le pasteur Bion, un Suisse, invente les colonies de vacances
-    1883 : la ville de Paris envoie pour la première fois des enfants en colonies de vacances
-    1893 : fondation à Saint-Etienne de l’Œuvre des Enfants à la Montagne
-    1927 : Villeurbanne achète l’internat et lacolonie de vacances de     Poncin, pour les garçons
-    1928 : Villeurbanne achète le château de Chamagnieu, pour les filles
-    1955 : en France, un million d’enfants sont     envoyés en colonies de vacances
-    1979 : l’OVEM fait donation de la colonie de Dolomieu à la Ville de Villeurbanne

Sources : Archives du Rhône, 4 M 528. Archives municipales (Le Rize) 3 C 67, 88 et 138, 1 D 272, 19 Fi 127 - 137, 360 W 10 à 14, 5 Z 1 et 30

 

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