Quand la télévision régionale émettait de Villeurbanne

Pendant une quinzaine d’années, Villeurbanne fut le siège d’une télévision régionale. C’était au tout début du petit écran, il y a bientôt 70 ans.
3 hommes autour d'une table. Image d'archives.

Emission du 8/11/1954. Assis à droite, Edouard Herriot. Cliché INA

Le décor apparaît on ne peut plus minimaliste. En guise de fond, un gros rideau qu’on suppose vert ou bleu, mais que la technique de l’époque ne filme qu’en noir et blanc. Une porte s’ouvre à sa gauche, percée dans une fausse cloison contre laquelle on a disposé un grand bouquet de glaïeuls. Enfin, au premier plan, se trouvent deux fauteuils monumentaux sur lesquels ont pris place Henri Ulver (1901-1962), éphémère ministre du Commerce et de l’Industrie, et surtout Edouard Herriot (1872-1957), ancien ministre, ancien président de l’Assemblée nationale, et charismatique maire de Lyon. Un journaliste s’empresse auprès d’eux, tandis qu’une caméra leur fait face. En ce lundi 8 novembre 1954, l’on inaugure pour la première fois dans l’histoire, un studio de télévision à Lyon. À Lyon, vraiment ? Non, car la scène se passe à Villeurbanne, et plus précisément au Palais du Travail, en plein cœur des Gratte-Ciel.

C’est en effet dans l’ancienne salle des fêtes du Palais que la municipalité a accepté, en 1953, de loger le siège régional de la Radiodiffusion-Télévision Française (la RTF). Moyennant un loyer de 550000 francs par an, la Ville lui loue une surface de 600 m2, sur laquelle la RTF a aménagé ses locaux : trois bureaux, une salle de projection, une de sonorisation, une réserve de bobines, deux magasins, une salle de « télécinéma », deux minuscules loges pour les artistes, une grande régie d’où sont pilotées les émissions et, enfin, l’unique studio de la chaîne, une pièce d’à peine 7 mètres sur 6. Les débuts de cette télévision régionale sont d’abord bien timides. « Il fallait faire tout avec rien », raconte Patrice Didier, un ancien caméraman de France 3. « Ils avaient des petits cars de deux ou trois caméras, pas plus, et sur les trois caméras, il y en avait toujours une en panne ». Les émissions, quant à elles, se résument essentiellement à un rendez-vous de trois heures les samedis, animé par l’orchestre du Palais d’Hiver et durant lequel sont invités des artistes se produisant sur les scènes lyonnaises ou villeurbannaises. Ainsi défilent Jacques Brel, Léo Ferré, Charles Aznavour, Gilbert Bécaud ou encore Georges Brassens. Chacun est rémunéré par un beau sourire, une franche poignée de main et un « merci d’être venu », qui finit par devenir le nom de l’émission ! On diffuse également une émission pour enfants, « Le jeu des métiers », pendant laquelle des gones apprennent à se servir d’outils d’adultes, comme lorsqu’ils font connaissance avec le métier d’imprimeur. Ces moments sont encadrés par Simone Garnier ou par la speakerine Marie-Claude Deviègue, embauchée dès 1959 alors qu’elle jouait un petit rôle au TNP, et qui fera face aux caméras pendant plus de quarante ans. Puis le 10 janvier 1964, la télévision régionale inaugure son journal quotidien en présence du ministre de l’Information de l’époque, Alain Peyrefitte. Tout le gotha de Lyon est présent pour l’occasion… sauf le maire de Villeurbanne, Etienne Gagnaire, que l’on a oublié d’inviter, ce qui le met dans une colère noire.

 

Mais revenons à nos premiers instants, au 8 novembre 1954. Pour assister à ce moment solennel, la Ville a disposé une dizaine de téléviseurs dans la salle du conseil municipal, et invité une brochette de personnalités locales dont l’ancien maire Lazare Goujon, le père des Gratte-Ciel. Dans Villeurbanne, à Lyon et dans une large partie du sud-est de la France, la foule se presse devant les vitrines des marchands de télés pour regarder l’émission. Car bien peu nombreux sont les particuliers à posséder un téléviseur à l’époque : on estime leur nombre à seulement 10.000 pour toute la région, et à peine 1500 à Lyon même. Ça y est, l’émission commence. Le journaliste donne la parole à ses invités. Edouard Herriot intervient. « Je me réjouis plus que personne, dit-il, de pouvoir inaugurer la télévision de Lyon (…). Cette installation de la télévision à Lyon a posé de très graves problèmes, il y a intérêt à ce que le public le sache, pour qu’il se rende compte des efforts qui sont faits pour lui. Et maintenant, nous n’avons plus qu’à laisser agir la magie de la télévision ». Entre alors dans le studio la jeune Irène Tunc, nommée Miss France 1954, qui lui remet un bouquet de roses et embrasse un Edouard Herriot… tout émoustillé par une pareille effusion !

Du Palais du Travail à France 3
À ses débuts en 1954, la télévision lyonnaise n’était qu’un décrochage régional de l’unique chaîne française qui existait alors, ancêtre de TF1. Diffusée depuis l’émetteur de la tour métallique de Fourvière, elle n’en animait pas moins Villeurbanne, qui voyait chaque jour l’équipe de journalistes et de techniciens investir joyeusement les restaurants de la ville en compagnie de leurs invités. Ou faire des blagues, comme ce jour où des membres de l’équipe portèrent la Fiat 500 de la speakerine Marie-Claude Deviègue au sommet des marches du TNP ! Puis au cours des années 1960 débutèrent à la Part-Dieu les travaux de construction du nouveau siège régional de l’ORTF, rue des Cuirassiers. Terminé en 1968, ce grand bâtiment accueillit le personnel et le matériel de la télévision, qui quittèrent alors Villeurbanne. Quatre ans plus tard, en 1972, les locaux de la Part-Dieu servirent de cadre à la toute nouvelle troisième chaîne, héritière de «télé-Lyon» et à l’origine de l’actuelle France 3.

 

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Repères : 
— 1897 : l’Allemand 
Karl Ferdinand Braun invente le tube cathodique
— 1926 : première démonstration publique de télévision par le Britannique John Logie Baird
— 1935 : début de la première chaîne de télévision française
— 1946-1958 : IVe République
— 1954 : Villeurbanne compte 81769 habitants 
— 1954-1977  : 
Étienne-Gagnaire est maire de Villeurbanne
— 1954 : défaite française de Diên Biên Phu ; fin de la guerre d’Indochine
— 1954 : l’abbé Pierre lance un appel en faveur des plus démunis
— 1954 : naissance de la Piste aux étoiles
— 1964 : naissance de l’ORTF
 

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