DOSSIER "Auprès des séniors pendant l'épidémie" - Mobilisation dans les Ehpad

Avec l’apparition du Covid-19, les Ehpad sont devenus du jour au lendemain des mondes clos. La Ville gère deux établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes qui ont connu ce repli nécessaire, devant fermer leurs portes aux familles, s’imposer de nouvelles règles strictes pour éviter la contagion, protéger les résidents, mais aussi le personnel.
Photo : Marc-Edouard Piard

Distribution des collations à l'Ehpad Henri-Vincenot (Photo : Marc-Edouard Piard)

Dès le début de l’épidémie de Covid-19, les équipes soignantes des Ehpad ont dû modifier leurs protocoles afin de protéger les résidents et l’ensemble du personnel. « Les résidents ont été confinés dans leurs chambres. On a pris le parti de ne pas faire un secteur dédié Covid, afin de laisser les personnes dans leur environnement. Déjà qu’elles n’avaient plus leurs proches…, explique Catherine, infirmière coordinatrice à l’Ehpad Henri-Vincenot. On est parti du principe que c’était nous qui allions être encore plus vigilants par rapport aux mesures barrières ». Un choix différent a été pris à l’Ehpad Camille-Claudel où le 4e étage a été dédié aux résidents porteurs du Covid-19. « Quand nous avons eu, début mars, trois résidentes testées positives, nous avons dû confiner tout le monde par précaution. Nous avons alors pris la décision de regrouper les malades », raconte Pascale, directrice par intérim.

L’épidémie a nécessité une adaptation de tous les gestes quotidiens. L'un des aides-soignants de l’Ehpad Camille-Claudel, Samir, a immédiatement intégré les nouveaux protocoles : « Les choses ont changé du jour au lendemain, les résidents changent de comportement quand ils sont enfermés. Ils sont un peu plus agités ».
Pour faire face au surplus de travail et à l’arrêt pour raisons médicales d’une partie du personnel, les deux Ehpad ont dû faire appel à des renforts en intérim ou issus d’autres services municipaux. Des infirmières scolaires ou du secteur Petite enfance ont rejoint les effectifs, des agents du service des Sports ont pris en charge les réparations courantes ou la gestion des livraisons… « Nous avons eu trois agents qui ont été testés positifs, ils vont bien aujourd’hui. Nous avons eu d’autres agents qui ont dû s’absenter pour des raisons de santé, parce qu’ils étaient à risque, souligne Pascale. Ça a bousculé beaucoup de choses, dont les roulements. Moi-même je suis arrivée le 17 mars, en pleine crise. Pendant un mois, on était constamment dans l’urgence. Heureusement, nous avons été très soutenus par la direction du CCAS, par l’ensemble de la mairie, et par tous les services en renfort ».

Une reprise des visites sous haute surveillance

Durant le confinement, des tablettes prêtées par le service municipal des Médiathèques a permis pour certains résidents de garder le contact. Blandine, animatrice à l’Ehpad Camille-Claudel, a apprécié cette initiative: « La vie sociale est très réduite puisque les gens sont confinés dans leurs chambres. Je me charge surtout de la relation entre les résidents et leurs proches. Je passe voir chaque résident on passe un moment à discuter, à regarder des photos, à dessiner, à appeler la famille avec Skype ou le téléphone. La tablette ? Je l’utilise 10 fois par jour ! »
Les deux Ehpad se sont organisés pour permettre les visites des familles dès qu'elles ont été à nouveau autorisées. A Camille-Claudel, un espace a été aménagé dans la salle de restaurant. Des tables disposées de façon à laisser une distance de deux mètres permettent des retrouvailles. Mais les règles restent strictes : « Les visites ont repris dès que cela a été autorisé. Le premier jour, le temps était ensoleillé et les rencontres ont eu lieu dans le jardin. Il y avait beaucoup d’émotion, et en même temps, de la crainte. Deux épouses sont venues voir leurs époux et ça a été un moment un peu compliqué parce que nous accueillons des personnes qui souffrent d’Alzheimer et d’autres pathologies cognitives, donc la reconnaissance a parfois été difficile, en plus avec le masque, la distance de deux mètres, la voix, l’audition … », relate Pascale.

Nora vient de retrouver sa maman. Son émotion est grande, mais elle se sent rassurée : « J’habite à deux pas. Je venais régulièrement, je la prenais à la maison le week end et d’un coup plus rien ! Je suis venue dès que j’ai pu et je suis contente d’avoir vu ma mère. Elle ne parle pas très bien, elle est dans son monde, mais elle me reconnait. Je pense qu’elle n’a pas compris pourquoi je ne pouvais pas la toucher, mais il faut se contenter de ce qu’on a ».
Un fonctionnement différent a été proposé à l’Ehpad Vincenot. Ici, familles et résidents sont séparés par une vitre. « Ils peuvent mettre la main sur la vitre, mais ils n’ont pas de contact physique et ils discutent par l’intermédiaire d’un téléphone. Ça répond pour certains à un besoin, ça crée de la frustration chez d’autres. Mais les familles sont rassurées de voir leurs proches. De voir son papa, par exemple, rasé, les cheveux coupés, habillé comme d’habitude, ça rassure », note Nathalie, psychologue dans les deux Ehpad de Villeurbanne.

 

Le moral des troupes

Dans le service, le travail a été intense, mais le moral est resté bon. Certes, des moments ont été plus difficiles, lors du décès d’un résident. L’annonce de la contamination d’un membre du personnel… « La peur était déjà là au début de l’épidémie. C’est un rythme de vie qui est complètement transformé, des repères qui ne sont plus là et en même temps un travail d’équipe qui se construit, qui passe au travers des difficultés et parfois aussi des moments qui sont assez beaux », se souvient Nathalie.
Même sentiment pour Catherine, infirmière coordonnatrice à l’Ehpad Camille-Claudel : «  C’est vrai que c’est de la fatigue, beaucoup de travail en plus, beaucoup de présence. Le stress est bien là, mais on essaie de relativiser entre nous. On en rit parfois, on essaie de trouver des parades. Le rire aide à tenir, pour nous, nos familles, les résidents. On essaie aussi un peu de souffler, de partir en repos, même si on ne peut pas souffler longtemps. Ce qui nous sauve, c’est tous nos collègues des autres services qui sont là pour nous aider, c’est vraiment un plus pour nous ».

A lire aussi dans le dossier "Auprès des séniors pendant l'épidémie" :

- introduction du dossier

- Mobilisation dans les Ehpad

- Le Ssiad en première ligne

- Témoignage : infirmière scolaire, elle a choisi d'aider en Ehpad auprès de personnes dépendantes

- Témoignage : Michelle : « Il a fallu être très rapidement opérationnelle »

- Formateur, chargée de mission Sport, agent administratif... ils organisent aujourd'hui le portage des repas

- Du sport aux séniors, « être utiles »

- Témoignage de Roland, porteur de repas à domicile

- En résidence confinée

 

 

A lire aussi