Renforts : infirmière scolaire, elle a choisi d'aider en Ehpad auprès de personnes dépendantes

Sylvie Renard, infirmière scolaire auprès de la direction de la Santé de la ville de Villeurbanne, s'est portée volontaire pour travailler dans l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) Camille-Claudel, confiné avec ses 48 résidents par l'épidémie de covid-19. Elle témoigne de ce choix et son quotidien au temps du coronavirus.
Sylvie Renard, lors de la relève de 15 heures, à l'ehapd Camille-Claudel de Villeurbanne.

Sylvie Renard, vous êtes infirmière scolaire à la direction de la Santé publique de Villeurbanne, et vous avez accepté de rejoindre un Ehpad pour la durée de l'épidémie. Qu'est-ce qui vous a motivé ?

Quand on nous a annoncé qu’il y avait un confinement, notre directrice de service nous a demandé s’il y a avait des volontaires puisqu’il y avait des besoins dans les Ehpad de la ville. J’ai accepté de venir à Camille-Claudel avec une collègue et j’ai deux autres collègues qui ont accepté d’aller à l’Ehpad Vincenot. Je suis infirmière diplômée depuis très longtemps et j’ai commencé ma carrière en service de réanimation, donc j’avais une expérience du soin, mais ça fait 13 ans que j’avais quitté l’hôpital. En fait, c’est comme le vélo, les prises de sang ne s’oublient pas ! Je n’avais pas peur de reprendre le soin dans la mesure où je savais que je venais ici en renfort et que l’on ne prendrait pas un poste infirmier seule, car ce n’est pas mon travail de base et je n'ai plus l'habitude de faire toute la journée d’une infirmière avec le travail administratif, les commandes, etc.

Quelles sont vos missions ?

« On est venues en renfort pour aider des patients qui sont assez isolés, qui n’ont pas accès à une conversation normale, qui sont confinés dans leur chambre, et puis des soignants qui sont aussi en difficulté parce qu’il y a un accroissement des soins, avec des patients qui vont moins bien et des soins qui sont multipliés ».

Pour vous, c'était un métier nouveau. Comment s'est passée votre intégration dans l'Ehpad ?

« Ce n’est pas évident de se remettre dans le bain. Les soins techniques, c’est très facile, mais l’organisation dans l’Ehpad - même s’il y a des gens, comme la coordinatrice, qui nous aide beaucoup - est différente de ce que je connaissais. Et puis il y a la situation de confinement : s’habiller, mettre le masque, les gants… Il faut toujours bien réfléchir à ce qu’on va faire et l’intérêt de ce qu’on va faire. Mais aussi pour les soins : vérifier les médicaments, ne pas se tromper, et puis rester dans la présence avec des personnes avec qui je n’avais jamais travaillé, Alzheimer, je ne connaissais pas. Heureusement, on n’est jamais seules, on est toujours avec une infirmière de l’Ehpad. On a commencé par les gestes des aide-soignants, puis on a suivie une infirmière pour faire les soins, et rapidement on a commencé à faire des pansements, les prises de sang, donner les médicaments… ça, on était capable de le faire une fois qu’on s’était assurée d’avoir compris le fonctionnement ».

Votre choix s'est donc fait sans appréhension ?

« Quand on est infirmière, on se dit " Je vais aller faire du soin ", car on reste infirmière toute sa vie, même si on a changé de versant. Je n’ai jamais eu d’appréhension par rapport au covid. J’ai beaucoup travaillé en réanimation avant et on avait des méningites, des pathologies gravissimes et donc, en prenant des précautions, j’ai toujours côtoyé des gens qui avaient des maladies graves. Je prends des précautions et je n’ai pas peur. J’ai cette chance de ne pas avoir peur, par contre je fais très attention. J’ai aussi accepté de venir dans un Ehpad parce que je savais que le matériel nécessaire avait été mis à disposition tout de suite au début du confinement. Si ça n’avait pas été le cas, je ne me serai pas exposé et je n’aurais pas exposé mes proches. Ici, il y a toujours eu du personnel et du matériel. Quand on voit l’évolution, l’épidémie a été bien contenue dans l’Ehpad, justement grâce à la présence suffisante de personnel et de matériel ».

Sylvie Renard (à gauche) et deux infirmières de l'Ehpad Camille-Claudel, dont la coordinatrice Catherine Masbatin (à droite).

Le contact avec les nouveaux collègues, les résidents... tout s'est bien passé ?

« Quand on est dans un service, qu’on est équipés, avec les lunettes, les masques et tout, on ne voit que les regards. On ne se connaissait pas et on a appris à se connaître comme ça, par les regards. C’est éprouvant aussi pour les patients qui nous demandent tout le temps " Mais vous êtes qui ? " On finit pas se reconnaître à la voix. Mais oui, on a été très bien accueillis, c’était important pour nous ».

Comment qualifieriez-vous cette expérience ?

« C’est une belle expérience. Toutes les expériences sont bonnes à prendre, même dans les moments négatifs, car la maladie est une sacré épreuve. Je n’avais pas choisi d’aller travailler en Ehpad et j’ai découvert le fonctionnement, je n’avais jamais côtoyé de patients atteints de la maladie d’Alzheimer, ça me permet de découvrir une relation différente avec les patients. Par contre, ce n’est pas toujours évident : j’avais oublié ce que c’est une douleur de dos, le mal au jambe après une journée de travail debout… C’est assez fatigant, autant physiquement qu’intellectuellement, parce qu’il faut toujours faire attention et c’est un service que je ne maîtrise pas entièrement, ce qui entraîne une vigilance accrue pour ne pas faire d’erreur. C’est aussi une remise en question et c’est une attention continue. Quand je rentre chez moi, oui, je suis fatiguée ! »

Comment vos proches ont pris votre décision de venir travailler en Ehpad ?

« Dans mon entourage, les gens qui me connaissent savent que je vais toujours de l’avant et que je suis infirmière au fond de l’âme. Quand on est médecin, infirmier, aide-soignant, on a choisi ça donc je n’aurais pas pu me dire que j’allais faire autre chose, il fallait que je sois sur le terrain. Bien sûr qu’autour de moi, il y avait des gens un peu inquiet, tout le monde a entendu parlé des décès dans les Ehpad… L’épidémie n’est pas terminée, mais je vois que, quand on y met les moyens, avec de bonnes conditions d’hygiène et du personnel, on peut contenir le virus ».

 

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